En bref

Le thé sencha est le thé vert japonais le plus courant : feuilles étuvées à la vapeur, roulées en aiguilles puis séchées. Le ministère japonais de l'Agriculture l'infuse à 2 à 3 g pour 100 ml, à 70 °C (sencha supérieur) ou 90 °C (sencha courant), pendant 1 min 30 ; un fukamushi, plus étuvé, 30 secondes.

Sencha — Le sencha (煎茶, « thé infusé ») est un thé vert japonais dont les feuilles fraîches sont étuvées à la vapeur pour bloquer l'oxydation, puis roulées en fines aiguilles et séchées ; selon les chiffres repris par le ministère japonais de l'Agriculture, il représentait 48,1 % de la production de thé brut du Japon en 2025.

Certains liens de cette page sont des liens affiliés : si vous achetez par leur intermédiaire, nous pouvons percevoir une commission, sans surcoût pour vous. Elle ne modifie jamais nos classements. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises. Politique d’affiliation

Au Japon, quand on sert « du thé » sans autre précision, c’est presque toujours du sencha. Ce thé vert aux feuilles en aiguilles, d’un vert profond, donne une infusion vert clair à vert sombre, au goût végétal, parfois proche des algues. Son nom signifie « thé infusé », par opposition au matcha, une poudre qu’on fouette et qu’on boit avec l’eau. Derrière ce nom unique se cachent pourtant des thés très différents : un sencha léger de montagne à Shizuoka, un fukamushi trouble et dense, un shincha de printemps ou un sencha d’été de Kyushu. Ce guide présente l’histoire du sencha, ses régions, sa fabrication, ses degrés d’étuvage, ses cultivars et ses récoltes, puis la façon de le préparer, chiffres à l’appui, d’après le ministère japonais de l’Agriculture (MAFF), des préfectures japonaises, la maison Ito En et les maisons françaises Palais des Thés et Dammann Frères. Quand ces sources divergent, les deux versions sont données.

Un thé vert étuvé, pas torréfié

Tout thé vert est un thé dont on empêche l’oxydation juste après la cueillette, en chauffant les feuilles. La Chine le fait le plus souvent à sec, dans des bassines ; le Japon le fait à la vapeur. Wikipédia anglais oppose ainsi le sencha, étuvé, aux thés verts chinois chauffés en bassine, et décrit un goût végétal, herbacé, parfois proche des algues, plus vert et un peu plus amer que celui des thés de style chinois.

Le sencha est de loin le premier thé du Japon. En 2025, il représentait 48,1 % de la production de thé brut d’après les chiffres de la Fédération nationale des groupements de producteurs repris par le ministère japonais de l’Agriculture (MAFF, octobre 2026) ; Palais des Thés parle d’environ 50 %, et Wikipédia avance un chiffre plus élevé (environ 80 %), sans source récente. Le manuel du MAFF résume l’histoire en deux phrases : le thé est venu de Chine, le sencha est né à l’époque d’Edo, et depuis, le thé bu au Japon est d’abord du sencha.

Le sencha se distingue aussi des thés ombrés. Ito En explique que le gyokuro est couvert environ 20 jours avant la cueillette et le kabusecha environ une semaine, ce qui leur donne une couleur plus sombre et moins d’astringence. Wikipédia en français évoque, pour le sencha lui-même, un ombrage d’une vingtaine de jours : c’est la durée qu’Ito En attribue au gyokuro, et nous retenons la distinction d’Ito En.

Naissance du sencha à Uji

La maison Yamamotoyama, héritière de la boutique de Yamamoto Kahei à Edo, date de 1738 l’invention du « aosei sencha » par Nagatani Sōen, maître de thé d’Ujitawara, près de Kyoto. Sa méthode : ne cueillir que les jeunes pousses, les étuver, puis les sécher en les roulant en plusieurs étapes. La préfecture de Kyoto, qui a classé en 2015 le hameau de Yuyadani parmi ses paysages patrimoniaux, présente Nagatani comme celui à qui l’on attribue cette méthode et souligne l’apport décisif : ajouter le roulage avant le séchage. Elle ne donne pas de date ; l’année 1738 vient de Yamamotoyama, qui rapporte aussi la légende commerciale : le deuxième Yamamoto Kahei aurait acheté tout le thé de Nagatani à Edo et promis de racheter la récolte suivante.

Les régions du sencha

Kagoshima et Shizuoka, les deux géants

Shizuoka a longtemps été la première préfecture productrice. Ce n’est plus le cas. D’après les statistiques agricoles du MAFF reprises par la douane de Nagasaki en octobre 2025, Kagoshima a produit 27 000 tonnes de thé brut (aracha) en 2024, contre 25 800 tonnes pour Shizuoka, sur 73 900 tonnes au Japon : Kagoshima passe pour la première fois en tête. Le bureau régional du Kanto du MAFF confirme le croisement : Shizuoka reste la première préfecture par la surface de théiers, mais la deuxième par la production. Ces chiffres couvrent tout le thé brut, pas seulement le sencha, mais le sencha en est la plus grande part.

Les surfaces disent la même chose sous un autre angle. Selon le bureau du Tokai du MAFF, le Japon comptait 39 100 hectares de théiers en 2020, dont 15 200 à Shizuoka (38,9 %) et 8 360 à Kagoshima (21,4 %).

Mie, Kyoto, Miyazaki, Fukuoka

Le même tableau de 2024 place ensuite Mie (5 020 tonnes), Kyoto (2 780 tonnes), Miyazaki (2 640 tonnes) et Fukuoka (1 650 tonnes). Kyoto, avec Uji et Ujitawara, pèse peu en volume mais beaucoup en histoire. Le bureau du Tokai note un contraste utile pour lire une étiquette : dans les préfectures de Gifu et d’Aichi, l’ichibancha, la récolte de printemps, représente une forte part du thé brut, alors qu’à Mie, les récoltes plus tardives, utilisées notamment pour les boissons en bouteille, dominent.

Comment on fabrique un sencha

Ito En décrit la fabrication du thé brut (aracha) en une dizaine d’étapes. À la main, on cueille une pousse avec deux ou trois feuilles ouvertes ; à la machine, quatre ou cinq. Les feuilles sont ventilées à l’air humide, puis étuvées à la vapeur non pressurisée, pour stopper l’oxydation, garder la couleur verte et chasser l’odeur d’herbe coupée. Viennent ensuite le refroidissement, puis plusieurs roulages successifs, à l’air chaud ou sans chaleur, qui assouplissent la feuille, égalisent l’humidité et lui donnent sa forme d’aiguille. Le séchage final fait passer l’humidité d’environ 10 à 13 % à environ 5 %.

Le thé brut passe ensuite par une seconde transformation, chez le négociant : séchage, tri, coupe et calibrage, classement, puis assemblage selon le goût régional et le prix. Ito En distingue deux façons de torréfier légèrement le thé à ce stade, avant ou après le tri. C’est cette étape qui fait d’un même thé brut plusieurs senchas de qualités différentes.

Asamushi, chumushi, fukamushi : la durée d’étuvage

L’étuvage est le réglage qui change le plus le caractère d’un sencha. Ito En explique qu’un étuvage plus long fragilise les membranes des cellules : l’infusion devient plus trouble, plus brillante, et moins astringente.

  • Asamushi (étuvage léger) : la forme classique. Wikipédia anglais donne 15 à 20 secondes pour l’étuvage d’un sencha, Wikipédia en français 15 à 45 secondes. Les feuilles restent plus entières, l’infusion plus claire et plus astringente, d’après la règle donnée par Ito En.
  • Chumushi (étuvage moyen) : 30 à 90 secondes selon Wikipédia anglais.
  • Fukamushi (étuvage long) : 1 à 2 minutes selon Wikipédia anglais. Le manuel du MAFF parle d’un étuvage deux à trois fois plus long qu’un sencha ordinaire, Ito En d’environ deux fois plus. Les feuilles se brisent, le thé contient beaucoup de fines particules, l’infusion est vert sombre et le goût dense ; le MAFF ajoute qu’il se prête bien à l’infusion à froid.

Ces durées ne sont pas normalisées : chaque producteur règle son étuvage, et les sources ne donnent que des ordres de grandeur.

Cultivars et récoltes

Yabukita, le cultivar dominant

La préfecture de Saitama indique que le cultivar Yabukita, enregistré sous le numéro 茶農林6号 et obtenu par la station d’essais du thé de Shizuoka en 1953, occupe un peu moins de 80 % des surfaces de théiers du Japon. Son nom viendrait d’un théier particulièrement bon planté au nord d’un bosquet de bambous (yabu, bosquet ; kita, nord). Le bureau du Tokai du MAFF précise que Gifu et Mie dépassent 80 % de Yabukita, au-dessus de la moyenne nationale, alors qu’Aichi, grande région de matcha, cultive davantage les cultivars Samidori et Okumidori, adaptés au tencha. Saitama, de son côté, cite ses propres sélections, comme Sayamakaori (1971), connue pour sa couleur et son goût intenses.

Shincha, ichibancha, nibancha

Le shincha (« thé nouveau ») est le premier sencha de l’année. Ito En le considère comme équivalent à l’ichibancha, le nom changeant selon le contexte, et indique que la cueillette commence dans les régions chaudes du sud puis remonte vers le nord. Wikipédia anglais la situe entre début avril et fin mai, autour du 88e jour après le début du printemps traditionnel (vers le 4 février). Viennent ensuite le nibancha, deuxième récolte, et le sanbancha, troisième ; Ito En mentionne aussi une récolte de début d’automne dans certaines régions. Le manuel du MAFF explique que plus la récolte est tardive, plus la feuille devient fibreuse et dure, et que les thés d’été ont tendance à être un peu plus tanniques.

Préparer un thé sencha

Le sencha demande une eau moins chaude que le thé noir. Les maisons ne donnent pas les mêmes valeurs :

SourceDoseTempératureDurée
MAFF, sencha supérieur2 à 3 g pour 100 ml70 °C1 min 30, puis environ 45 s un peu plus chaud
MAFF, sencha courant2 à 3 g pour 100 ml90 °C1 min 30, puis environ 45 s
MAFF, fukamushi2 g pour une tasse de 60 ml70 à 90 °C selon la qualité30 s
Ito En, sencha standard4 g pour 200 ml80 à 90 °Cenviron 30 s
Palais des Thés, verts du Japon6 g pour 30 cl50 à 75 °C1 à 3 min
Dammann Frèresnon précisée70 °C2 à 3 min
Kusmi Tea, thés vertsnon précisée70 à 80 °C5 à 8 min

L’écart entre le MAFF (1 min 30) et Ito En (30 secondes) tient en partie à la dose et à l’eau plus chaude d’Ito En ; celui avec Kusmi Tea (5 à 8 minutes) vient d’une consigne générale pour tous les thés verts. Pour un sencha japonais nature, les valeurs du MAFF et d’Ito En sont les plus spécifiques. Wikipédia anglais résume l’effet de la température : une eau plus fraîche donne une tasse plus douce, une eau plus chaude une tasse plus astringente.

Quelques gestes du manuel du MAFF font la différence :

  1. Faites toujours bouillir l’eau, puis laissez-la redescendre. Chaque transvasement d’un récipient à l’autre fait perdre 5 à 10 °C : de la bouilloire à la théière, on passe à environ 90 °C, puis à environ 80 °C dans les tasses.
  2. Prévoyez un peu plus d’eau que nécessaire : les feuilles en absorbent environ quatre fois leur poids lors de la première infusion.
  3. Servez en plusieurs passages, tasse 1, 2, 3 puis 3, 2, 1 (le mawashi-tsugi), pour égaliser la force entre les tasses, et videz la théière jusqu’à la dernière goutte pour que les feuilles ne continuent pas d’infuser.
  4. Pour la deuxième infusion, montez un peu la température et divisez la durée par deux. Dammann Frères infuse un bon sencha jusqu’à trois fois ; pour enchaîner les infusions, la maison triple la dose (5 à 6 g pour 15 cl) en commençant à 70 °C pendant 1 minute.

Le MAFF associe à chaque thé sa théière : environ 250 ml pour un sencha supérieur servi dans de petites tasses de 100 ml, environ 600 ml pour un sencha courant. Le kyusu à poignée latérale et à filtre intégré est la théière associée au sencha ; notre guide de la théière japonaise kyusu explique comment le choisir, notamment son filtre fin, indispensable pour un fukamushi. Les repères des autres familles sont rassemblés dans notre guide temps d’infusion du thé et température de l’eau, et le rôle de l’eau dans quelle eau pour le thé.

Du sencha au hojicha et au genmaicha

Le sencha sert de base à d’autres thés japonais. Selon Ito En, le hojicha est un sencha ou un autre thé vert torréfié vers 200 °C puis refroidi aussitôt, ce qui lui donne un parfum grillé et un goût léger. Le genmaicha associe un sencha ou un autre thé vert à du riz brun grillé et soufflé, à parts à peu près égales. Le matcha, en revanche, ne vient pas du sencha : le bureau du Tokai du MAFF cite le tencha comme sa matière première. Tout ce qui le concerne est rassemblé dans notre thème matcha.

Choisir un sencha

Sur les étiquettes et les fiches, cherchez d’abord l’origine. Le mot sencha désigne une méthode, et de nombreux vracs vendus en France sous ce nom viennent de Chine : plusieurs fiches amazon.fr lues via Keepa le 27/10/2026 annoncent ainsi un « sencha de Chine » ou un « sencha japonais » d’origine chinoise. Un sencha du Japon indique en général sa préfecture (Shizuoka, Kagoshima, Kyoto, Mie, Fukuoka…), parfois sa vallée ou son jardin.

Ensuite, l’étuvage (asamushi ou fukamushi), la récolte (shincha ou ichibancha au printemps, récoltes d’été plus tardives) et, sur les meilleurs thés, le cultivar. Le vrac permet de voir la feuille : des aiguilles plus entières pour un asamushi, beaucoup de fragments fins pour un fukamushi, comme le note le MAFF. Notre guide comment choisir un thé en vrac détaille ces critères, et pour garder un sencha, une boîte hermétique et opaque est le contenant le plus courant : notre comparatif des boîtes à thé en présente plusieurs types.

Deux senchas japonais en vrac figurent en fin de guide, lus sur Keepa le 27/10/2026, en vente sur amazon.fr et retenus parmi les mieux notés et suffisamment évalués : le sencha bio du Japon en feuilles entières de NaturaleBio, dont la fiche conseille 70 à 80 °C pendant 1 minute, et le sencha de Kyushu de TeaClub, issu des récoltes de juin et d’août et notamment du cultivar Okumidori, légèrement étuvé, pour lequel la fiche conseille 70 °C pendant 60 secondes. Les senchas d’origine chinoise, les senchas aromatisés, les fukamushi trop peu évalués et les fiches qui promettent un effet n’ont pas été retenus.

Les modèles cités dans ce guide

NaturaleBio, thé vert sencha bio du Japon en feuilles entières, 200 g

NaturaleBio, thé vert sencha bio du Japon en feuilles entières, 200 g

Sencha biologique du Japon, 100 % thé vert en feuilles entières, sans additif, au goût annoncé frais, délicat et légèrement herbacé ; sachet de 200 g. Préparation indiquée : 70 à 80 °C pendant 1 minute, d'après la fiche amazon.fr lue via Keepa.

TeaClub, sencha du Japon de Kyushu (cultivar Okumidori) en vrac, 100 g

TeaClub, sencha du Japon de Kyushu (cultivar Okumidori) en vrac, 100 g

Sencha japonais de l'île de Kyushu, à base de feuilles des récoltes de juin et d'août, notamment du cultivar Okumidori, légèrement étuvé puis roulé et séché, avec quelques tiges. La fiche conseille 1 cuillère à café pour 200 ml à 70 °C pendant 60 secondes, puis 10 à 20 secondes pour les infusions suivantes, d'après la fiche amazon.fr lue via Keepa.

Repères chiffrés

FAQ

Qu'est-ce que le thé sencha ?

C'est le thé vert japonais du quotidien : 48,1 % de la production de thé brut du Japon en 2025, d'après les chiffres repris par le ministère japonais de l'Agriculture. Ses feuilles sont étuvées à la vapeur juste après la cueillette, ce qui bloque l'oxydation et garde leur couleur verte, puis roulées en fines aiguilles et séchées. Les thés verts chinois, eux, sont le plus souvent chauffés à sec, en bassine.

Quelle température d'eau pour un thé sencha ?

Entre 70 et 90 °C selon la qualité. Le ministère japonais de l'Agriculture indique 70 °C pour un sencha supérieur et 90 °C pour un sencha courant ; Dammann Frères conseille 70 °C, Ito En 80 à 90 °C, Palais des Thés 50 à 75 °C pour les verts du Japon. Une eau plus fraîche donne une tasse plus douce, une eau plus chaude une tasse plus astringente.

Quelle différence entre un sencha et un fukamushi ?

Le fukamushi est un sencha étuvé plus longtemps : deux à trois fois plus selon le ministère japonais de l'Agriculture, environ deux fois selon Ito En. Ses feuilles se brisent davantage, d'où une infusion vert sombre, trouble et dense, au goût plus soutenu et moins astringent. Il s'infuse plus court, 30 secondes, et demande un filtre fin.

Qu'est-ce que le shincha ?

Le shincha, « thé nouveau », est le sencha de la première récolte de l'année, appelé aussi ichibancha. Wikipédia situe sa cueillette entre début avril et fin mai ; Ito En précise qu'elle commence dans les régions chaudes du sud et remonte vers le nord. Le bureau du Tokai du ministère japonais de l'Agriculture présente l'ichibancha comme la récolte de meilleure qualité.

Sources

À lire aussi