Le kyusu est la théière japonaise type : une céramique à poignée latérale fixée à 90 degrés du bec (Yunomi, 2018), de 10 à 40 cl avec filtre intégré, où le Palais des Thés infuse le sencha vers 70 °C et le gyokuro vers 50 °C. Le tetsubin en fonte, lui, sert à chauffer l'eau (Japan Objects, 2023).
Kyusu — Selon Wikipédia et le guide Yunomi (2018), le kyusu (急須, « théière ») désigne couramment la théière japonaise en céramique à poignée latérale creuse fixée à 90 degrés du bec (yokode), munie d'un filtre intégré et conçue pour infuser le thé vert japonais.
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Au Japon, le mot kyusu veut simplement dire « théière ». Mais lorsqu’on parle de théière japonaise en France, on pense presque toujours au même objet : une petite céramique dont la poignée creuse part sur le côté, à angle droit du bec, et dont le filtre est intégré au corps. Cette forme n’est pas un caprice esthétique. Elle répond à une façon de préparer le thé vert japonais : peu d’eau, une température basse, une infusion courte, puis un service rapide en plusieurs passages. Le kyusu convient donc à qui boit du sencha, du gyokuro ou du kabusecha, seul ou à deux ou trois (200 à 300 ml selon Tezumi) ; il convient mal à qui remplit de grands mugs de thé noir, pour lesquels une théière d’un litre en porcelaine, en verre ou en fonte émaillée est plus adaptée. Ce guide présente les formes de théières japonaises, les centres où elles sont fabriquées, les filtres qui les distinguent, les thés qui leur conviennent et les gestes pour s’en servir et les entretenir, d’après les maisons de thé, les fabricants et les associations de céramistes japonais.
Le kyusu, une théière pensée pour le thé vert
L’encyclopédie Wikipédia rappelle que kyusu (急須) désigne n’importe quelle théière, mais que l’usage courant le réserve à la théière à poignée latérale. Le Palais des Thés rattache ce kyusu au senchado, une branche de la voie du thé consacrée au thé infusé en feuilles. Sa contenance est réduite : 10 à 40 cl en général selon le Palais des Thés, 100 à 300 ml selon le site Japan Objects. Les deux fourchettes se recoupent largement ; la première descend plus bas parce qu’elle inclut les très petits kyusu destinés au gyokuro.
Plusieurs détails trahissent un bon kyusu. Wikipédia note que, sur les petites théières de Tokoname, le couvercle est façonné pour tenir par adhérence de l’eau et que le bec est orienté pour qu’aucune goutte ne coule le long du corps. Japan Objects ajoute que le petit trou du couvercle doit se trouver à l’opposé du bec et ne jamais être bouché pendant le service.
Les formes de théières japonaises
Yokode kyusu, la poignée latérale
C’est la forme emblématique. Yunomi décrit une poignée cylindrique placée à 90 degrés du bec, née pour verser assis sur le tatami, et précise qu’il existe des versions pour gauchers. Selon Tezumi, la main tient la poignée pendant que le pouce maintient le couvercle, et un simple mouvement du poignet suffit pour verser, sans grand geste du bras. C’est la théière du sencha au quotidien.
Ushirode, la poignée arrière
L’ushirode a une poignée ronde à l’opposé du bec, comme la plupart des théières occidentales. Yunomi la présente comme la forme la plus répandue dans le monde, adaptée aux infusions longues avec peu de feuilles. Japan Objects signale qu’elle reste préférée pour le sencha dans le chado, la voie du thé.
Uwade et dobin, l’anse au-dessus
L’uwade porte son anse au-dessus du corps, comme une bouilloire ; la version la plus connue est le dobin, souvent muni d’une anse en bambou. Plus grand, il sert à servir une famille ou plusieurs invités. Yunomi l’associe au hojicha et au bancha, Japan Objects au genmaicha et au hojicha : des thés infusés plus chaud et en plus grand volume.
Houhin et shiboridashi, sans poignée
Le houhin (« vase précieux ») n’a pas de poignée. Selon Yunomi, on le réserve au gyokuro et aux sencha de très haute qualité infusés vers 60 °C ou moins, et souligne que son large bec verse vite, ce qui permet de maîtriser précisément la durée d’infusion. Japan Objects le décrit profond, avec des trous percés directement dans la paroi devant le bec.
Le shiboridashi est sa variante plus plate, presque une coupelle à couvercle. Il n’a pas de filtre intégré : d’après le Palais des Thés, de fines rainures au niveau du bec retiennent les feuilles, ce qui le destine aux grandes feuilles qui ne passent pas entre le couvercle et le corps. La maison y prépare le gyokuro et le sencha avec 15 cl d’eau.
Tetsubin et tetsu kyusu : la fonte japonaise
La fonte est souvent la première image de la théière japonaise en France, mais elle recouvre deux objets différents.
Le tetsubin est une bouilloire. Selon le magazine du Palais des Thés (Bruits de Palais n° 53, 2010), il s’agissait à l’origine de grosses bouilloires de plusieurs litres, posées sur des braseros pour la cérémonie du thé. Iwachu, fondeur de Morioka, où la fonte Nambu se transmet depuis plus de quatre siècles, rappelle que sa bouilloire sert à faire bouillir l’eau, à feu moyen, et qu’il ne faut pas frotter l’intérieur.
Le tetsu kyusu est la théière en fonte. Le même article du Palais des Thés explique qu’à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les Occidentaux se sont mis à infuser dans ces objets : les contenances ont diminué et un vernis intérieur a été appliqué contre la rouille. La théière en fonte émaillée est née de cet usage. Elle ne va pas sur le feu : Iwachu écrit « pas de flamme nue » sur sa page d’entretien, et précise que l’émail peut se décoller si l’on chauffe la théière à vide. On chauffe l’eau à part, puis on infuse dans la fonte, qui garde longtemps la chaleur.
Pour comparer les modèles de fonte, émaillés ou non, voyez notre sélection de théières en fonte, et pour les gestes propres à cette matière, le guide nettoyer une théière en fonte.
Les grands centres de production
Tokoname, la référence du kyusu
Tokoname, dans la préfecture d’Aichi, est l’un des six anciens fours du Japon. La préfecture indique que la céramique y est produite depuis la fin de l’époque Heian et que le Tokoname-yaki a été désigné artisanat traditionnel le 2 juin 1976. Son produit phare est le shudei-yaki, une céramique rouge qui doit sa couleur au fer de l’argile. Les pièces sont polies au tissu, et les pièces non émaillées lustrées après cuisson, deux procédés que la préfecture présente comme propres à Tokoname.
La fédération japonaise des grossistes en céramique, qui gère le site Yakimono no Hi, compte environ 900 ans d’histoire pour Tokoname et fait de la théière en grès rouge son produit le plus emblématique, mis au point entre la fin de l’époque d’Edo et le début de l’ère Meiji. Tezumi recommande d’ailleurs un kyusu rond de Tokoname non émaillé comme premier achat.
Banko, à Yokkaichi
Le Banko-yaki vient de Yokkaichi, dans la préfecture de Mie. Selon Yakimono no Hi, il naît au milieu du XVIIIe siècle avec le four du potier Nunami Rozan. Ses théières en argile violette, cuites sans émail en forte réduction, prennent une teinte brun-rouge aux reflets pourpres. Banko est aussi la capitale du donabe : la même source lui attribue plus de 80 % du marché japonais de ces marmites en terre. Japan House London explique cette tenue au feu par la pétalite, un minéral mêlé à l’argile ; cela concerne les marmites, pas l’usage d’un kyusu, qui ne se chauffe jamais directement.
Shigaraki et Arita
Shigaraki, près du lac Biwa, revendique selon Yakimono no Hi environ 1 300 ans de tradition depuis 742. Son argile, chargée de petits graviers blancs, résiste bien à la chaleur et la conserve ; les maîtres de thé en apprécient les bols depuis l’époque de Muromachi. Le site ne cite pas les théières parmi ses productions principales : vous croiserez surtout des kyusu de Shigaraki chez des céramistes indépendants.
Arita, dans l’île de Kyushu, est présentée comme le berceau de la porcelaine japonaise. La même page date sa naissance de 1604, quand le potier Ri Sanpei découvre un gisement de pierre blanche, mais célèbre aussi 2016 comme son 400e anniversaire, ce qui la placerait en 1616 : la source se contredit. La porcelaine donne des kyusu émaillés, neutres en goût, à l’opposé des terres non émaillées de Tokoname et de Banko.
Le filtre, ce qui distingue un bon kyusu
Les thés verts japonais, surtout les fukamushi (étuvés longtemps), contiennent beaucoup de feuilles brisées. Le filtre décide donc de la fluidité du service. Tezumi en distingue plusieurs familles :
- Do-ake : des trous percés directement dans la paroi devant le bec. Simple, mais il se bouche si l’on verse vite et laisse passer les fragments.
- Debeso : un dôme perforé qui avance dans la théière. Il se bouche moins, mais le service est plus lent.
- Sasame et ceramesh : une grille en céramique très fine, légèrement bombée (sasame) ou plate (ceramesh). Tezumi la décrit comme la plus récente et la plus répandue des solutions en céramique, rapide et adaptée aux feuilles brisées.
- Filet en acier : moins cher, aux trous plus fins, mais Tezumi note qu’il peut rouiller avec le temps et lui préfère la céramique.
Japan Objects ajoute que, sur les kyusu artisanaux, les trous de la grille en céramique sont percés un à un avec un poinçon. Sur un shiboridashi, rappelons-le, il n’y a pas de filtre : ce sont les rainures du bec qui retiennent les feuilles.
Argile non émaillée ou céramique émaillée
Tezumi oppose deux familles. Les kyusu émaillés, en porcelaine ou en grès, ont une surface non poreuse qui n’absorbe pas les arômes ; Japan Objects précise qu’une même théière en porcelaine peut donc servir à plusieurs thés. Les kyusu non émaillés, en grès poreux de Tokoname ou de Banko, sont réputés adoucir l’astringence du thé vert, selon Tezumi, et se patinent avec le temps. Cette porosité a une contrepartie : la terre garde la mémoire des infusions, et Japan Objects conseille de réserver une théière en terre à un même style de thé.
Pour quels thés
Le kyusu est d’abord la théière du sencha, que le Palais des Thés infuse vers 70 °C. Le gyokuro et le kabusecha, thés ombrés, se préparent plus bas, vers 50 °C selon la même maison, ou vers 60 °C au plus selon Yunomi : un petit kyusu ou un houhin s’y prête. Pour refroidir l’eau sans thermomètre, le Palais des Thés conseille de la transvaser de tasse en tasse, chaque passage faisant perdre une dizaine de degrés.
Le genmaicha et le hojicha, qui supportent une eau plus chaude et se boivent en plus grande quantité, trouvent leur place dans un dobin. Tezumi souligne que le kyusu convient à toutes les familles de thé, avec une réserve de forme : les kyusu plats (hira-kyusu) sont faits pour les thés verts japonais, tandis que les oolongs roulés en boule, qui se déploient en hauteur, s’y sentent à l’étroit ; la forme ronde (maru-gata) est la plus polyvalente.
Le matcha, lui, ne passe pas par la théière : la poudre se fouette dans un bol. Tout ce qui le concerne est rassemblé dans notre thème matcha.
Quelle contenance choisir
Tezumi conseille un premier kyusu de 200 à 300 ml, assez pour deux ou trois personnes ou deux grandes tasses. Les amateurs qui dégustent seuls, avec beaucoup de feuilles pour peu d’eau, choisissent plutôt 80 à 150 ml. Le Palais des Thés, de son côté, indique qu’un kyusu tient en général entre 10 et 40 cl, et qu’on y verse l’équivalent de deux tasses d’eau pour un sencha, une seule pour un gyokuro. Les modèles cités par Yunomi illustrent l’écart : 60 ml pour un shiboridashi, 260 ml pour un yokode, 430 ml pour un dobin.
Comment se servir d’un kyusu
- Chauffez l’eau à part, dans une bouilloire ou un tetsubin, puis laissez-la redescendre à la température du thé.
- Déposez les feuilles dans le kyusu et versez l’eau sans dépasser 80 à 90 % de la contenance, comme le recommande Tezumi pour ne pas boucher le filtre.
- Laissez infuser environ une minute pour la première infusion, durée donnée par le Palais des Thés.
- Servez en tenant le couvercle du pouce et en vidant la théière jusqu’à la dernière goutte. Yunomi rappelle que la fin du service est plus concentrée : on répartit le thé en plusieurs passages entre les tasses pour l’égaliser.
- Pour les infusions suivantes, le Palais des Thés conseille de réduire le temps d’environ un tiers à chaque fois, et de recommencer tant que le thé a du goût.
Ces repères de température et de durée se retrouvent, famille par famille, dans notre thème Bien infuser.
Entretenir une théière japonaise
Les consignes des sources convergent. Le Palais des Thés recommande de rincer la théière à l’eau chaude, sans savon, de ne jamais la frotter avec une éponge abrasive et de laisser sécher l’intérieur à l’air, couvercle ôté. Japan Objects insiste sur un séchage complet, en particulier dans le bec, et déconseille le four, le micro-ondes et le lave-vaisselle pour les kyusu en céramique ; Japan House London exclut aussi le micro-ondes et le lave-vaisselle pour sa théière de Banko.
Pour la fonte, la vigilance porte sur l’humidité. Iwachu indique que de l’eau laissée une à deux heures dans une théière émaillée peut faire apparaître de la rouille, et demande d’essuyer le bec, le couvercle et la base de la poignée avant de ranger. Pour le tetsubin non émaillé, le fondeur conseille de vider l’eau chaude aussitôt après usage et de laisser sécher l’intérieur grâce à la chaleur résiduelle. Enfin, Iwachu précise que seules les pièces marquées « IH » vont sur une plaque à induction, et qu’un fond de moins de 12 cm peut chauffer mal ou pas du tout.
Si vous hésitez encore entre un kyusu, une théière en verre ou une fonte, notre guide quelle théière choisir reprend les critères un à un, et notre comparatif des théières présente un modèle par matière.
Repères chiffrés
- Selon le Palais des Thés (page « Kyusu » consultée en 2026), un kyusu contient en général 10 à 40 cl ; le sencha s'y infuse vers 70 °C, le gyokuro et le kabusecha vers 50 °C, avec une première infusion d'une minute puis des infusions raccourcies d'un tiers à chaque fois.Palais des Thés, Kyusu : théière japonaise et technique d'infusion, 2026
- Selon Yunomi (2018), le yokode kyusu a une poignée placée à 90 degrés du bec et sert surtout au sencha ; le houhin, sans poignée, se réserve au gyokuro infusé vers 60 °C ou moins ; le dobin, à anse supérieure, au hojicha et au bancha.Yunomi, 4 Types of Kyusu Japanese Tea Pots, 2018
- Selon Japan Objects (Anne Walther, 2023), les kyusu font le plus souvent 100 à 300 ml, et la théière en fonte émaillée (tetsu kyusu) sert seulement à infuser : elle ne doit jamais servir à faire bouillir l'eau, contrairement au tetsubin.Japan Objects, Japanese Teapot: 8 Things You Need to Know, 2023
- Selon Tezumi (2022), les filtres en céramique des kyusu sont de trois types : trous percés dans la paroi (do-ake), dôme perforé (debeso) et grille fine plate ou bombée (sasame ou ceramesh), la plus adaptée aux feuilles brisées du fukamushi ; un premier kyusu idéal fait 200 à 300 ml.Tezumi, How to Choose Your First Japanese Teapot (Kyusu), 2022
- Selon la préfecture d'Aichi (page consultée en 2026), le Tokoname-yaki, l'un des six anciens fours du Japon, est désigné artisanat traditionnel depuis le 2 juin 1976 ; sa céramique rouge shudei doit sa couleur au fer de l'argile.Préfecture d'Aichi, Tokoname-Yaki, 2026
FAQ
Qu'est-ce qu'un kyusu ?
C'est le nom japonais de la théière. En pratique, il désigne surtout la théière en céramique à poignée latérale, placée à angle droit du bec, avec un filtre intégré. Elle contient le plus souvent entre 10 et 40 cl selon le Palais des Thés, et sert d'abord aux thés verts japonais comme le sencha et le gyokuro, infusés en plusieurs fois.
Quelle différence entre un kyusu et un tetsubin ?
Le kyusu infuse le thé ; le tetsubin est une bouilloire en fonte qui chauffe l'eau, sur le feu. La théière en fonte émaillée à l'intérieur, appelée tetsu kyusu, ressemble au tetsubin mais sert seulement à infuser : Iwachu interdit de la poser sur une flamme, et Japan Objects précise qu'elle ne doit pas servir à faire bouillir l'eau.
Peut-on laver un kyusu au liquide vaisselle ou au lave-vaisselle ?
Non pour le lave-vaisselle : Japan Objects et Japan House London le déconseillent pour les kyusu en terre. Un rinçage à l'eau chaude, sans savon ni éponge abrasive, suffit, puis un séchage complet, couvercle ôté, en insistant sur le bec. Une terre non émaillée garde les arômes : on la réserve à une famille de thé.
Quelle contenance choisir pour une théière japonaise ?
Les sources divergent un peu : 10 à 40 cl pour le Palais des Thés, 100 à 300 ml pour Japan Objects. Tezumi conseille 200 à 300 ml pour un premier kyusu, assez pour deux ou trois personnes, et 80 à 150 ml pour une dégustation seul, à forte dose de feuilles. On ne remplit qu'à 80 ou 90 %.
Sources
- Palais des Thés : Kyusu, théière japonaise et technique d'infusion
- Palais des Thés : Les théières en fonte du Japon (Bruits de Palais n° 53, 2010)
- Palais des Thés : Care of your teapot
- Yunomi : 4 Types of Kyusu Japanese Tea Pots (2018)
- Japan Objects : Japanese Teapot, 8 Things You Need to Know (2023)
- Tezumi : How to Choose Your First Japanese Teapot (Kyusu) (2022)
- Préfecture d'Aichi : Tokoname-Yaki
- Yakimono no Hi (fédération japonaise des grossistes en céramique) : Tokoname Ware
- Yakimono no Hi : Yokkaichi-Banko Ware
- Yakimono no Hi : Shigaraki Ware
- Yakimono no Hi : Arita Ware
- Japan House London : Banko-yaki Stoneware Teapot
- Iwachu : entretien de la théière en fonte (care-kyusu)
- Iwachu : entretien de la bouilloire en fonte (care-tetsubin)
- Iwachu : FAQ
- Wikipédia : Kyūsu
- Wikipédia : Tokoname-yaki
